Accidents d'éruption et d'évolution des dents

 L'éruption dentaîre est un processus de croissance, qui implique les dents et les tissus environnants.

La dentition est un processus dynamique correspondant à la formation des dents et à leur éruption. 


Il faut distinguer les accidents d'éruption (généralement inflammatoires), les anomalies chronologiques (retard et avance) et les anomalies topographiques (dystopies).

Ces différentes anomalies peuvent concerner les dents temporaires, les dents permanentes, ou les deux dentures à la fois.


Accidents d'éruption dentaire


I. L'éruption : 

Est l'ensemble des phénomènes du cheminement et de l'émergence de la dent, en précisant qu'il implique l'effraction des tissus de revêtement qu'ils soient gingivaux ou muqueux .



II. Mécanisme de l'éruption dentaire: 

L'éruption dentaire est un processus multifactoriel dans lequel les causes et les effets sont difficiles à séparer, deux événements sont indispensables: la résorption de l'os surplombant la couronne de la dent pour former un chemin d'éruption et le déplacement de la dent à travers ce chemin, on peut observer que:

Bloquer un germe avant la phase d'éruption par des ligatures n'empêche pas la formation du chemin d'éruption. 

L'ablation du follicule dentaire empêche l'éruption.

Le follicule dentaire est donc essentiel à l'éruption, au moins pour la phase intra-osseuse, puisqu'y affluent les monocytes circulantes qui fusionnent pour former les ostéoclastes nécessaires à la formation du chemin d'éruption dans l'os alvéolaire.

Le mécanisme de déplacement de la dent à travers ce chemin d'éruption est encore mal connu.


On a longtemps pensé que la formation de la racine jouait un rôle dans l'éruption de la dent, cependant une dent sans racine est capable de faire éruption ; de même une dent avec racine achevée est capable de faire éruption. 

La formation de la racine est donc une conséquence et non pas la cause de l'éruption, par contre la vascularisation a probablement un rôle dans l'éruption dentaire. 


Enfin, dés que la dent apparait dans la cavité buccale, elle est soumise à des facteurs environnementaux; pressions musculaires de la langue, des joues, des lèvres qui contribuent à déterminer sa position finale dans l'os alvéolaire.



III. LES ACCIDENTS D'ÉRUPTION DENTAIRE:

Motif de consultation dentaire du jeune enfant, les manifestations locales ou loco-régionales sont volontiers inflammatoires.

Les manifestations à distance sont décrites, bien que toujours de controverses. 


1. Syndrome d'éruption - teething syndrome:

Il concerne les dents temporaires et reste habituellement bénin, il coïncide avec la baisse des anticorps maternels circulants. 

Il offre à décrire le tableau suivant: 

  • Érythèmes jugaux
  • Poussées de fièvre pouvant durer 48h.
  • Hyper salivation ou hypersialhorée.
  • Tuméfactions gingivales inflammatoires, gingivite odontiasique ou gingivo-stomatites de primo-infection herpétique. 
  • Parfois agitation, diarhée, insommenie ou érythème fessier.
  • L'enfant mâchonne souvent un doigt ou un objet (en raison d'un prurit gingivo-dentaire). 
  • Les gingivites ulcéro-nécrotiques ou les stomatites étendues sont rares.

Exceptionnellement le tableau clinique est compliqué de: 

  • Fièvre élevée ou de crise convulsive.
  • Troubles respiratoires: (asthme, bronchite)
  • Troubles digestives: (vomissements, diarrhée).



Le tableau clinique conduit à une déshydratation. 

Le traitement est symptomatique: anti-inflammatoires, antipyrétiques, anesthésiques locaux en gel. 

Par ailleurs, il existe des préparations à base d'analgésiques, ATS et ATI pour un usage en topique, exp; DOLODONT.


2. kyste de l'éruption: 

Une tuméfaction bleutée peut se développer sur la gencive en regard d'une dent permanente ou plus souvent d'une dent temporaire, 1 à 2 semaines avant son éruption. 

Secondairement un hématome peut se former, principalement en regard des secteurs prémolaires et molaires. 

Son origine est encore débattue: 

Pour certains, il serait dû à un changement dégénératif de l'épithélium adamantin réduit ou des résidus de la lame dentaire (résidus de Serres).

Pour d'autres, il s'agit d'une accumulation de sang qui dilate l'espace autour de la couronne dentaire. L'incisive centrale temporaire maxillaire et la première molaire permanente sont plus touchées.


Cliniquement, on constate une voussure bleutée de 1-3cm de diamétre, de consistance ferme ou rénitente en regard d'une dent en pré-émergence sur l'arcade, le diagnostic differenciel se pose avec l'angiome et le kyste gingival


L'attitude thérapeutique est soit l'abstention avec surveillance jusqu'à l'apparition de la dent, soit une simple incision pour décongestionner et dégager la dent. 



3. La péricoronarite:

C'est une inflammation du sac folliculaire entourant la dent pendant son éruption. 

La péricoronarite survient volontiers sur les molaires partiellement recouvertes de gencive. 

Elle est très fréquente sur les dents de sagesse. 

La douleur se manifeste par une pression ,un élancement ou un sentiment de pulsation prés des oreilles ,dans l' ATM ou dans les machoires;on peut noter également une douleur jugale, surtout dans le cas où les DDS sont en cours d'évolution et que les couronnes pointent vers l'extérieur de la mâchoire irritant l'intérieur de la joue, une limitation d'ouverture de la bouche ,une difficulté à la mastication, surtout dans le fond de la bouche est également souvent ressentie. 


L'évolution, généralement favorable en quelques jours, nécessite parfois une antibiothérapie. 

L'évolution vers une cellulite de la face est rare.



IV. LES ANOMALIES  CHRONOLOGIQUES DE  L'ÉRUPTION :

Elle concerne les dents temporaires ou les dents permanentes.


1. Éruption prématurée: 

Pour les dents temporaires, une éruption est précoce lorsqu'elle survient de 1 mois (incisives) à 6 mois (2èmes molaires) avant la date normale d'éruption. 

Pour les dents permanentes, le délai est de 1 an. La majorité des éruptions précoces n'a aucune signification clinique notable.


L'éruption précoce ou prématurée des dents temporaires est moins fréquente que l'éruption retardée. Elle peut être due à une position trop superficielle des germes, elle est parfois familiale 


A. dents temporaires: 

Dents natales et néonatales:

Dents natales, sont celles qui sont présentes à la naissance ; plus fréquentes dans la région incisives mandibulaires ; la dent est rudimentaire souvent mobile en raison d'un développement radiculaire limité, incidence 1 cas pour 2000 ou 3500 naissances.


Dents néonatales, sont celle qui font leur éruption dans les 30 premiers jours de la naissance, leur prévalence se situerait entre 1/1000 et 1/6000 naissances. 


Il s'agit d'anomalies relativement rares, qui sont toutefois un peu plus fréquentes en cas de fentes labio-palatines, les dents natales ou néonatales s'observent dans 85% des cas dans la région des incisives centrales mandibulaires ( dont 60% par paires ); les dents du maxillaire supérieures el les Molaires sont plus rarement affectées. 


L'aspect clinique est variable et dépend du degrés de maturation, dans la plupart des cas, les dents sont de taille réduite, hypermobiles, dysmorphiques et hypoplasiques et de couleur jaune à marron opaque


L'indication à l'avulsion sera soigneusement évaluée en fonction du degré d'hyper mbilité, des problèmes par des lésions traumatiques lors des tétées, du risque d'infection et du pronostic de la dent 

L'extraction est de règle lorsque la dent blesse la gencive antagoniste, la langue ou lorsque la mobilité peut faire craindre l'inhalation.


B. Dents permanentes: 

L'éruption précoce des dents permanentes n'est en général possible que s'il y'a eu d'abord chute prématurée de la dent temporaire correspondante ou dans le cas d'hyperthyroïdie non traitée. 

L'éruption précoce de toute la denture définitive est par contre tout à fait exceptionnelle. 



2. Éruption dentaire retardée: 

L'éruption retardée est beaucoup plus rare en denture temporaire qu'en denture définitive.

L'éruption est retardée de plus d'un an par rapport à sa date normale pour les dents permanentes et de 6 mois pour les dents temporaires.


A. Le retard isolé: 

On parle de retard d'éruption isolée pour 1 ou 2 dents, l'émergence ne s'est pas produite au-delà de l'âge limite d'éruption ou de l'âge d'éruption de sa dent homologue, la majorité des retards d'éruption n'a aucune signification clinique notable ,mais doivent être évalués cliniquement et radiologiquement . 

On peut se retrouver dans une des situations suivantes: 

  • Obstacle sur le trajet d'éruption; dent surnuméraire ou odontome, fermeture de l'espace d'éruption par DDM ou perte prématurée de la dent temporaire ... 
  • Trouble de la résorption par infection ou ankylose de la dent temporaire sus-jacente.
  • Germe dystopique, dilacéré ou nécrosé (antécédent de traumatisme).
  • Gencive fibreuse.
  • Kyste dentigére ou autre.


B. Le retard généralisé: 

On parle de retard d'éruption généralisé lorsque toutes les dents, ou presque, sont retardées.

Les retards généralisés peuvent être en rapport avec des : 

  • Déficits nutritionnels.
  • Hypo fonctions endocriniennes non traitées (nanisme, hypothyroïdie, hypopituitarisme...).
  • Trouble du métabolisme. phosphocalcique (rachitisme, maladie d' Albright ).
  • Traitements médicamenteux-chimiothérapie anti cancereuse, radiothérapie).
  • Syndromes; en particulier la dysostose cleido-crânienne, dysplasie ectodermique anhidrotique appelée aussi syndrome de Christ-Siemens-Touraine, le cherubisme ou le syndrome de Gardner.



V. L'ÉRUPTION DENTAIRE DYSTOPIQUE ou ECTOPIQUE :


1. Éruption linguale des incisives: 

Très fréquente à la mandibule, c'est souvent un sujet de préoccupation pour les parents; si la racine de la dent temporaire est en cours de résorption ou la dent temporaire mobile, l'évolution spontanée est favorable. Dans le cas contraire et lorsque l'enfant a plus de 7 ans, l'extraction de la dent temporaire peut s'avérer nécessaire. 

Dans tous les cas, éventuellement après avulsion de la dent temporaire, la mise en place normale de la dent permanente est spontanée sauf lorsque sa position est verrouillée par une dent antagoniste. La prise en charge est ici précoce pour éviter l'installation d'une malocclusion.


2. Éruption ectopique: 

C'est l'éruption de la dent dans un site dans la même arcade ou même en dehors de l'arcade dentaire. 


3. La transposition: 

Définie comme l'évolution sur l'arcade d'une dent à la place d'une autre ou comme l'inversion de la position de deux dents adjacentes ou plus particulièrement de leurs racines; les transpositions les plus fréquentes sont celles entre canine et première Prémolaire maxillaire (71 % des cas). 


4. L'anastrophie: 

Anomalie caractérisée par un pivotement à 180°; la dent prend une position totalement inversée avec la couronne en position apicale. 

L'anastrophie concerne souvent les germes surnuméraires en particulier le mesiodens.


5. L'inclusion dentaire: 

Dent retenue dans le maxillaire au-delà de la date normale de son éruption et entourée d'un sac péricoronaire sans communication avec la cavité buccale.



6. La rétention dentaire: 

Dent qui présente un arrêt d'évolution passager ou définitif à l'intérieur des maxillaires, elle est due à la présence d'un obstacle sur le trajet d'évolution de la dent alors qu'il ya une ouverture du sac péricoronaire en communication avec le milieu buccal, la dent a encore un potentiel d'évolution dans la mesure où son édification radiculaire n'est pas terminée. 


7. L'enclavement dentaire:

Dent retenue dans le maxillaire au-delà de la date normale de son éruption et dont le sac péricoronaire est ouvert dans la cavité buccale, la présence d'un obstacle anatomique, physiologique, ou pathologique entrave momentanément ou définitivement son éruption.


8. La désinclusion dentaire: 

Dent primitivement incluse ou enclavée qui apparait plus ou moins complètement dans la cavité buccale au-delà de la date normale de son éruption.


9. La réinclusion: 

Est définie comme étant un arrêt du mouvement éruptif de la dent après émergence sur l'arcade, la dent peut paraitre cliniquement éloignée de sa position usuelle ,en-dessous du plan d'occlusion, dans des situations cliniques extrême, on assiste à un enfouissement de la dent sous la gencive; on parle de réinclusion.

Dans le cas de réinclusion d'une dent permanente le traitement chirurgico-orthodontique visant le repositionnement sur l'arcade peut être envisagé, dans cette perspective conservatrice, la rupture du pont de l'ankylose par une manœuvre chirurgicale est nécessaire et peut être suffisante pour une émergence spontanée.


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